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 Je me demande, comment il est possible que ces millions de citoyens grecs qui ont dit haut et fort «NON» à la proposition d'accord des «institutions» ne sont pas sortis dans les rues et les places quand, le lendemain du référendum, ils ont réalisé que l'Archange de «NON», Alexis Tsipras, a diffusé un tout aussi tonitruant «OUI» du palais présidentiel, en accord harmonieux avec les représentants des «gouvernements des mémorandums» du passé récent.

 Et non seulement ils ne sont pas sortis dans les rues de façon combative, mais ils se sont tus pareillement de façon... «combative».

Je pense qu'il peut s'agir de deux choses: Soit, en communiant tous ensemble avec la pensée d'Al. Tsipras, en disant «NON», ils voulaient dire «OUI» (un cas qui me donne le frisson, parce qu'il dépasse les limites de la raison et nous conduit à un phénomène sans précédent d'hypnose magique d'un peuple tout entier), soit, le peuple opprimé avait bien caché ce «NON» au plus profond de lui-même et a patiemment attendu l'occasion de le clamer. Avec cette deuxième explication, que je pense être la plus correcte,  je pense qu' il devient clair que ce «NON» est, d'un côté, un refus, et de l’autre, une prise de position, une thèse. Et son caractère est pan-national et pan-populaire (ni de classe ni de parti).

 

 La position –  la thèse – est constituée par les racines qui plongent dans l'ensemble de la société grecque. En d'autres termes, c'est sa vision de la patrie, une patrie Libre, Indépendante, Juste et Développée, qui s'appuie exclusivement sur ses propres pieds et qui se développe grâce à ses propres forces. Une Grèce auto-suffisante par sa richesse nationale et sa propre force de travail.

Son refus a comme cible le complexe économico-politique du pays qui, en réalité, est soumis aux puissances étrangères et plus particulièrement à celles qui ont imposé les mémorandums et qui nous ont conduit au bord de la catastrophe nationale.

C'est ainsi seulement que s'explique le fait que notre peuple, en exploitant le prestige du gouvernement qui le protégeait de l'appareil répressif de l’État, a mis à profit le «NON» bâtard d'Al. Tsipras  pour dire son propre «NON», le vrai, dont l'étendue, la profondeur et la signification a éclairé l'horizon grec (même si c'est seulement pour un instant) du spectre lumineux d'un peuple uni, de ce souverain essentiel et réel du pays.

 Il explique aussi son silence en face du changement d'un jour à l'autre du «NON» en «OUI» par SYRIZA, car il n'espérait pas que cette GRANDE VISION puisse être réalisée, puisqu'il ne voyait pas l'existence des personnes et des forces nécessaires nécessaires pour inspirer, convaincre et mobiliser un front uni capable de remplir une telle réussite historique

 Pour commencer par moi-même et SPITHA, il est apparu depuis notre première conférence à la Fondation Cacoyannis que nous n'étions pas capables d'assumer de grandes responsabilités. Juste à ce moment-là ont commencé à apparaître dans nos rangs des leaders et de petits leaders, des groupes par dizaines, sinon par centaines, ayant comme seul souci leur autodestruction, ce qui a jeté le froid chez le peuple.

 Il y a eu cependant un soulèvement général contre les mémorandums avec des manifestations massives continues, ainsi que l'apparition mystérieuse des «indignés» qui n'étaient pas du tout sans têtes. Seulement leurs «têtes» restaient dans l'obscurité ou même dans le pénombre. En conséquence, ces manifestations continuelles et massives restaient sans liens et nébuleuses, sans «corps et esprit» unifiés. Comme seule conséquence visible, il y a eu leur mise à profit méthodique par SYRIZA qui, de 4%, a ainsi atteint 27%.

 C'était alors qu'était venu le moment de choisir: Front Populaire ou Pouvoir Gouvernemental. C'est quelque part, là, au croisement, que nous nous sommes rencontrés au Front EL.L.A.DA., où les deux objectifs étaient possibles: D'une part, le long effort pour organiser conjointement le Front Populaire, et de l'autre, la conquête presque certaine du gouvernement avec les privilèges directs et attrayants du Pouvoir.

Cela a été pour SYRIZA et Al. Tsipras une grande erreur historique.

 Il s'est avéré qu'il est impossible de frapper le système de l'intérieur (Parlement, Gouvernement), afin de le changer, et que, tôt ou tard, le système (grec et étranger) allait nous obliger à devenir son jouet. Dans le meilleur des cas, en tant que gestionnaire d'une puissance étrangère face au peuple, il t'obligerait à faire le contraire de ce que tu as commencé de faire avec ton programme, à savoir un Front avec le peuple.

 Pourquoi la gestion du Troisième Mémorandum te conduira-t-elle inévitablement dans un conflit frontal avec le peuple qui t'a élu et porté au gouvernement, afin de frapper ensemble avec le peuple le pouvoir réactionnaire, et non, afin de devenir l'instrument du pouvoir réactionnaire, en imposant au peuple des mesures antipopulaires, antipatriotiques ayant comme objectif de neutraliser la Grèce complètement et irrévocablement?

 D'ailleurs, ne disiez vous pas cela, quand vous dénonciez les forces pro-mémorandums et leurs patrons? Au fait, le Pouvoir est-il aussi envoûtant que vous vous reniiez vous-mêmes aussitôt que vous êtes devenus députés et ministres?

Votre grand crime est que, dans cet intervalle de cinq mois et surtout ces dernières semaines, la destruction des moyens et des forces productives, donc la respiration d'un peuple, ont été mortifiés et avec eux a été mortifiée la force morale et psychique de notre peuple qui, pour crier haut et fort «NON», semble avoir épuisé son corps et son âme, semble avoir tout donné. C'est pour cette raison peut-être que sa déception de la transformation du «NON» en «OUI» est tombé sur lui comme une foudre qui lui a fait mordre la poussière.

Ainsi, nous sommes arrivés au point National Zéro, nous avons touché  le fond. Et c'est bien ce qui me terrifie. Parce qu'un peuple n'est pas un cheval qui tombe et qui se relève. Un peuple a une amplitude et un poids énormes. Et quand, comme c'est le cas maintenant, il devient un avec la terre, il lui faut beaucoup de temps pour se remettre sur pied.

En outre SYRIZA a entraîné avec lui les forces les plus fraîches de notre mouvement de masse, tel que nous et tant d'autres nous l'avions créé de 2010 à 2015. Lorsque SYRIZA est devenu Gouvernement-Pouvoir, automatiquement le mouvement de masse qui a voté pour lui, s'est transformé en une force de gouvernement et de pouvoir. Donc: il s'est auto-dissous comme force de frappe.

Il a été fonctionnarisé!

D'autre part, la seule puissance anti-mémorandum stable est le Parti Communiste, et le mouvement de masse cherche à s'identifier avec lui. Je m' étonne (car moi aussi je suis communiste) si, bien que l'une de nos positions de base soit la recherche d'alliances avec des forces ayant même des convictions partisanes différentes, nous pourrions nous unir pour des objectifs communs directs.

Aujourd'hui, je crois que notre objectif commun est d'aider notre peuple à se tenir debout, surtout maintenant que ceux qui nous imposeront le Troisième Mémorandum viennent de nos rangs. Aussi notre tâche sera-t-elle encore bien plus difficile.

 Qu'est ce qui nous sépare aujourd'hui du Parti Communiste? L'objectif de la lutte de classe. Nous, nous croyons qu'en frappant le système, nous nous mettons en même temps au service de l'objectif de classe contre la ploutocratie qui constitue le cœur du système. Il faut donc que cet objectif nous unisse au lieu de nous séparer.

Nommons le Front Populaire à constituer «Patriotique – Classe»* ou «Classe – Patriotique», afin d'unir toutes les forces antiautoritaires dispersées. Le Front GRECE, en ajoutant «Front Patriotique Classe», conduira peut-être à la création d'un nouveau EAM (Front National de Libération), donc, à la seule force de Salut National capable de sauver notre peuple d'une mort certaine.

 Athènes, 13/07/2015

Mikis Theodorakis

Traduction du grec: Iraklis Galanakis
Adaptation: Guy Wagner

Photo: The Telegraph