Résultat de recherche d'images pour "mikis theodorakis"

Míkis Theodorakis appelle «à la création d’un nouveau mouvement EAM», Front National de Libération (grand mouvement de la Résistance lié au PC grec durant les années 1940). Il importe qu'en ces heures douloureuses pour la Grèce son appel visionnaire soit connu.

"Je dois m’exprimer, parce que je vois qu’un élément n’a pas été compris d’aucun parti comme vraiment sérieux (en relation au refus de la proposition de Tsipras et de l’approche des «européens» avec un texte contenant de nouvelles mesures d’austérité, humiliant et par conséquent inacceptable) : Je veux dire que j’ai l’opinion que l’élément idéologique est dominant et l’attitude de l’Europe à l’égard de gouvernement [grec] actuel qui proclame fièrement qu’il est de gauche. C’est parce que nous vivons actuellement une nouvelle ère d’hystérie anti-communiste, conduite par l’OTAN et ses plans de changer l’Ukraine en une base stratégique pour l’utiliser comme un tremplin contre la Russie de Poutine, l’Ennemi désigné numéro 1.

Vous vous demanderez peut être: «Mais qu’a à voir la Russie actuelle avec le Communisme?». La réponse est que, au delà du système politique et économique actuelle de la Russie, les puissances occidentales craignent que profondément au cœur du peuple russe se cachent les éléments de l’ère communiste. Et en Russie, la crainte d’un impérialisme américain agressif, qui l’oblige à dépenser une grande partie du budget de l’Etat dans un arsenal nucléaire créé à l’époque soviétique que les gouvernants actuels non seulement entretiennent mais améliorent pour qu’il demeure équivalent  à la force nucléaire des américains et de l’OTAN.

Il y a longtemps, l’historique Kissinger disait dans un discours que «seulement une guerre en Iran pourrait contraindre les Russes à sortir de leur cuirasse de protection militaire, ce qui nous aiderait à utiliser nos nouvelles armes nucléaires pour les exterminer». A ce niveau, c’est un conflit militaire majeur, les enjeux civils et militaires sont énormes et les autres enjeux économiques notamment sont secondaires pour eux (en particulier une petite économie comme la nôtre)..

Après tout, le président Bush a ouvertement révélé que les ennemis des USA devaient être abattus après la Serbie, l’Afghanistan et l’Irak. La liste se présentait dans l’ordre suivant.
a) Syrie, b) Corée du Nord,  c) Iran, d) Chine, et enfin e) la Russie.

Aujourd’hui, on assiste à la destruction de la Syrie, donc on peut conclure que ce n’était pas une simple déclaration, la Syrie confirmant les plans américains pour la conquête d’une hégémonie mondiale. Alors que nous écrivons ces lignes, certainement les instances suprêmes de l’OTAN et des USA préparent méticuleusement les plans des prochaines étapes.

Si la Russie était un simple pays néo-capitaliste comme certains le croient, alors pourquoi menacer de mort jusqu’à un simple premier ministre cherchant une forme de partenariat avec elle, même seulement sur le plan économique, comme cela a été fait pour des oléoducs? Bien sûr, l’extermination de peuples entiers, comme cela s’est passé en Serbie, en Afghanistan, en Irak et désormais en Syrie, est directement liée à l’industrie de la guerre des riches pays de l’OTAN en particulier les USA, contribuant de manière décisive à l’accumulation de profits colossaux et l’augmentation du niveau de vie de leurs peuples. mais ce qui m’inquiète le plus est «l’invasion» des américains et de leurs alliés européens en Ukraine, parce que cela a pour but de porter le conflit militaire sur la frontière russe.

Que ferons nous si l’armée ukrainienne, entrainée et armée par les USA, attaque la Crimée et la Russie sous le prétexte des efforts des citoyens combattant pour leur autonomie?  La propagande qui présente l’armée de défense de la Novorussia comme composée de soldats russes ne montre-t-elle pas qu’ils recherchent clairement un prétexte pour attaquer la Russie elle même?

Mon avis est que les Américains recherchent une domination mondiale totale, sans doute parce qu’ils constatent que la  Russie et la Chine développent rapidement un arsenal défensif et que demain ou après demain il sera trop tard pour les USA et l’OTAN de finaliser leurs plans de domination mondiale totale. Je pense que cette analyse explique cette opposition si dure à chaque action, à toute idéologie politique constituant un obstacle à leurs plans. C’est comme cela qu’ils traitent tous les partis et les peuples qui osent contester le camps américains, et en particulier c’est le cas des communistes et de la gauche.

Déjà le peuple Grec doit être traité et considéré comme un ennemi, puisqu’il a fait part de son opposition aux forces de la guerre et en particulier lorsque ces forces essayent d’exterminer militairement des peuples entiers. Alors que les européens les applaudissaient, le peuple grec marquait son opposition dans des rassemblements massifs. Il ne montrait pas de crainte d’être aux cotés des victimes et de condamner les criminels.(..)

Si nous considérons l’idéologie responsable de l’extermination des peuples comme de droite réactionnaire, alors nous devrions décrire les Grecs qui la combattent et la condamnent comme des progressistes de gauche. Vous comprenez donc l’importance du défi posé à ces chacals lors qu’un peuple, un ennemie comme nous a, en plus, l’audace de choisir de placer au gouvernement un parti qui se déclare de gauche et qui est considéré comme communiste!

Dans ce cas, le défi est gigantesque et le risque d’une contagion à d’autres peuples d’Europe inquiétant, en particulier pour les leaders de l’Europe, qui sont la force dominante de toute ses institutions (politiques, économiques, militaires). Et bien sûr pour le leadership américain; une institution comme le FMI a décidé de nous exterminer, et maintenant avec Syriza au pouvoir, l’Europe et les USA vont essayer que cet assassinat soit définitif. Tout cela vise à démontrer que la conquête du pouvoir par un gouvernement de gauche est «aventuriste». Nous devons donc nous assurer du soutien de forces et de moyens qui peuvent nous abriter des attaques de ces forces qui n’hésitent pas à massacrer des peuples entiers.

Dans notre cas, parce que nous sommes un état membre de l’Europe, ils ne vont pas utiliser des armes de guerre, mais des méthodes d’étranglement économique. Ils sont en train d’atteindre leur but avec les dernières propositions des «institutions», dans la droite ligne des Mémorandums.

En d’autres termes, au lieu d’une mort rapide par la guerre, c’est une mort lente par l’économie et la démolition complète de notre nation sur tout les plans: commerce, production, santé, éducation, nature et culture. C’est pourquoi je crois que nous devrions adopter une nouvelle politique à un niveau national pour pouvoir nous mettre à l’abri de la tempête qui vient. Et surtout être sans illusions sur la vraie nature de tout cela, derrière les belles paroles, les sourires et les bonnes manières, le poignard est prêt pour nous frapper sans merci, car appartenant aux forces du Chaos, qui ont déjà commencé leur chemin .

Et pour revenir sur notre propre évaluation, je pense que les développements prouvent qu’il était correcte de penser comme Spitha (L’Étincelle mouvement fondé par Théodorakis) qu’il n’y a pas de solution sans changer de système. Le système est si puissant qu’il peut changer toutes institutions selon ses propres ambitions comme il le fait actuellement sous la menace d’asphyxie économique.

Donc, pour son salut notre peuple a besoin d’une politique responsable avec comme objectif stratégique  la conquête de notre indépendance nationale. Et le plus important: la principale force pour sauver le peuple c’est le peuple lui-même.

C’est aux principales forces sociales et politiques de l’éclairer, pour le convaincre de la certitude de la victoire qui devrait être basée sur:

Premièrement, son organisation de classe avec un Front Patriotique et Social à l’image de l’EAM.  Deuxièmement, l’exploitation de notre richesse nationale et troisièmement, à de nouvelles alliances avec les États qui nous accordent un traitement équitable et non hostile, contrairement à ce que font depuis 1821  nos amis implacables, qui nous traitent comme leur colonie et sont derrière toutes les grandes catastrophes nationales qui ont frappé notre pays. (..)

En effet, cette opération sera pour notre pays notre principale politique de développement qui nous conduira à gagner notre autonomie économique qui est la base de l’Indépendance Nationale et du rétablissement national. Ce but pour conquérir la neutralité du pays pour devenir un pôle  de paix et de culture nous aidera à équilibrer nos relations avec les peuples d’Europe et des civilisations occidentales et les peuples de l’Est avec qui notre alliance sera d’abord principalement économique et culturelle.

Il ne faut pas oublier que la Grèce a brillé, lorsque la culture était capable d’assimiler des éléments dans la culture occidentale et orientale en créant sa propre civilisation grecque, qui - en particulier dans l’Antiquité - n’a été dépassée nulle part et demeure un phare important au sein de la culture mondiale.

Malheureusement, SYRIZA  a ignoré ces vérités, même s’il a travaillé avec nous dans le EL.LA.D.A. pendant un temps. Mais il était préoccupé par la réponse phénoménale du peuple à l’appel du 12 février avec les signatures des représentants du Front EPAM (Glezos, Kasimati, Theodorakis). Qu’est-ce que nous avons montré avec ces centaines de milliers de personnes qui ont rempli le centre d’Athènes? Cela a démontré que les gens croyaient que le lendemain serait formé la direction du Front, qui ferait de lui un protagoniste des développements politiques, tournant le dos à la maison des trahisons, la Troïka était devenue l’instrument pour conférer une légitimité démocratique aux actions illégales de mémorandums illégaux visant à mettre à genoux notre peuple.

Alors que là étaient les attentes du peuple, le voila soudain qui voit que les différents courants de SYRIZA sont une partie de cette Chambre des députés honnie, ce qui le glace et le déçoit et depuis, je n’ai jamais vu de manifestations et je n’ai jamais plus entendu Manolis Glezos crier depuis Bruxelles pour appeler le peuple à descendre dans la rue et sur les places pour le soutenir. Un gouvernement de gauche qui tente à travers le système et son instrument, le parlement grec, sans oser abolir les mémorandums, mais à la place répand l’illusion que ses sourires vont changer l’attitude des concepteurs des mémorandums avec comme seul argument et soutien le vote tout frais de 36% du peuple grec. Ignorant complètement que le précédent représentant élu du peuple grec, le gouvernement du troisième Papandreou a signé la cession de notre indépendance nationale et de toute la richesse du pays avec les rouages de ces memorandums, ce qui permet naturellement de nous traiter comme les colonialistes  traitaient auparavavant leurs colonies.

Alexis Tsipras estime que, en cultivant des relations personnelles avec eux, cela permettra de les faire renoncer à imposer à notre peuple les termes qu’ils veulent (…). Tout cela dans le cadre de l’OTAN que l’analyse géostratégique  montre qu’il conduit le pays vers l’arrière, tandis que les coups contre notre peuple seront beaucoup plus douloureux que ceux nous avons connus jusqu’ici, plongeant notre peuple dans une faiblesse dévastatrice et l’effort  pour la victoire finale dans un avenir sombre.

10 juin 2015
Mikis Theodorakis

Publié sur: www.initiative-communiste.fr