Déclaration de Mikis Theodorakis sur les élections du 20 septembre 2015

Il n'y a aucun doute que normalement les élections ont lieu pour amener au pouvoir la force parlementaire qui conduira le peuple pendant la prochaine session parlementaire de quatre ans, en appliquant son programme. Mais aux prochaines élections, quel est le programme qui sera mis en application par le parti qui va gagner?

Hier M. Juncker a rappelé qu'il a été déjà voté par le gouvernement de SYRIZA et par Bruxelles, notre programme « national », c’est-à-dire, le Troisième Mémorandum, et – comme un véritable gauleiter – il nous a menacés que si nous ne l'appliquions pas nous serions sévèrement punis.

Je repense à l'époque de l'occupation allemande et je me demande comment les Grecs auraient réagi dans le cas où le gauleiter d’alors aurait décidé d’appeler à des élections. C’est-à-dire, auraient-ils accepté de prendre part à cette tournure en ridicule de la démocratie en constituant des partis avec un « programme de gouvernement » à la main, ou seraient-ils partis pour les montagnes, comme cela avait été le cas. Car comme il a été prouvé, les Grecs de l’époque étaient encore des patriotes fiers, qui affrontaient les gauleiters lourdement armés debout et prêts à se sacrifier pour l'honneur et la dignité de la patrie.

Et je pose la question: Y a-t-il ou non aujourd'hui une tournure en ridicule de la démocratie, quand quelqu'un de puissant qui contrôle notre pays à 100%, au-dessus de nos têtes, nous «donne la permission» d’avoir des partis aux opinions différentes – pour sauvegarder les apparences et pour les informations de 20h00 – sous la condition que celui qui gagne les élections serait obligé d'appliquer le même programme, c’est-à-dire, celui que le gauleiter aurait imposé, puisque il avait au préalable réussi à obtenir aussi une signature grecque.

Et que personne ne songe à contester cette comparaison que je suis en train de faire concernant les deux occupations – celle d'aujourd'hui et celle d'avant-hier – sous le prétexte qu’à l'époque il y avait des armes alors que maintenant il n'y en a pas. Car qu'est-ce que c'est donc que l'asphyxie financière? À l'époque de l'occupation étrangère, les Allemands, si tu ne les embêtais pas, ne t'embêtaient pas. Mais alors, pourquoi les Grecs se sont-ils soulevés ? Ils se sont soulevés pour des raisons morales.

Car ils avaient honte de se faire commander par les autres et que les autres décident de leur vie. Ils se sont soulevés pour leur honneur! Pour cet honneur, qui pour nous, et pour tous les patriotes fiers et libres, était l’essentiel de notre existence.

Moi et « Spitha » nous continuerons à considérer l’honneur et la dignité comme la quintessence du patriote grec et pour cela nous considérons ces élections comme étant une ironie tragique, un jeu de Monsieur Juncker et consorts, pour qu'on soit des enfants sages et bons, ayant l'illusion que nous soyons le peuple souverain! Nous n’aiderons pas les étrangers à nous mettre la corde au cou!

Athènes, le 11.9.2015

Mikis Theodorakis

Traduction française d’Iraklis Galanakis