Depuis un certain temps nous vivons les conséquences de l’inexistence en politique du gouvernement de SYRIZA. Inexistence politique qui petit à petit et conséquemment nous a conduits à la situation actuelle.

Quelle est-elle?

Le pays est isolé par l’occupation des douanes à la frontière avec des pays voisins et il est paralysé par des dizaines de blocages et par la grève générale de toutes les branches de notre vie sociale, tandis que les agriculteurs, avec des centaines de tracteurs, ont pris la décision de descendre à Athènes sur la Place de la Constitution.

Il est évident que nous sommes arrivés à l’HEURE ZERO par le comportement du gouvernement, qui pour l’instant suit inerte et impuissant le cours des choses, comme s'il n’existait pas.

Aujourd’hui, pour la première fois, il a décidé de sortir de sa torpeur, mais au lieu de proposer une solution pour décrisper la situation, il a déclaré qu’il ne permettrait pas la descente des tracteurs sur Athènes, essayant ainsi d’éviter un conflit avec les agriculteurs qui, comme il apparaît cette fois-ci, sont décidés à tout, puisqu’ils ont été conduits au point de devoir se battre pour leurs droits élémentaires: Un conflit pour lequel seul le gouvernement est responsable.

«Le dialogue» qu’il propose est de la poudre aux yeux des agriculteurs, puisque les décisions ne sont pas prises par lui, mais par les Institutions.

Bien sûr, un conflit, quelque soit son aspect et quelques soient ses résultats, serait un coup dur dans un pays en train de s’effondrer. Et il est certain que ce conflit non seulement nous conduirait à une crise plus profonde, mais parallèlement à un changement plus profond de la psychologie du peuple grec qui, je crois, prend déjà conscience à une large échelle de la pertinence de nos prévisions et de nos positions sur l’impasse dans laquelle nous a conduits la politique de SYRIZA.

La déclaration de discorde de Tsipras, qui nous divise en de bons et de mauvais Grecs, prouve qu’il a perdu le contact avec la réalité. Puisque pour lui est manifestement « mauvaise » la Droite. Pourtant, en même temps lui et son gouvernement se sont avérés comme les prélats de la politique de la droite néolibérale qu’ils appliquent sur ordre des Institutions étrangères. Et maintenant l'heure est venue pour qu'eux-mêmes paient cher leur tromperie désastreuse. Etant donné que le peuple grec a la vertu de ne pas se soumettre en fin de compte. Et l’heure du «enfin» est désormais venue: l’HEURE ZERO, qui signifie le conflit généralisé du gouvernement avec le peuple grec, dont la pointe du combat sont aujourd’hui les agriculteurs grecs, dans leur ensemble et leur détermination, afin que leurs exigences soient satisfaites.

Nous sommes donc arrivés aujourd’hui au moment où la vie même a obligé les Grecs à constituer un front humain de lutte uni sans meneur. La force qu’émet le soulèvement du peuple dans toutes les branches, les agriculteurs en tête, est si grande qu’il serait dommage (dans le cas où le gouvernement et les Institutions cèderaient même un peu) que leur gain ne soit que quelques miettes. Notre peuple ne mérite pas une telle issue qui, dans la durée le conduira vers une crise encore plus grande.

Au contraire, si avec le désespoir et la volonté qui le conduisent à ce soulèvement général, il avait pris soin de revendiquer tout ce qui lui appartient, en tant qu'une force unie et avec des objectifs, une stratégie, une tactique et une perspective communs, ses gains auraient été multiples.

Car se sont les mêmes forces internationales qui nous obligent à avoir non pas trois ou quatre, mais seulement deux politiques nationales: la politique qui suit les ordres des Institutions et la politique qui soutient le conflit avec les Institutions.

Malheureusement, la constitution de ce Front Uni de Lutte, qui ne négocierait pas simplement pour quelques miettes de plus, mais qui aurait comme objectif la conquête des droits essentiels du peuple grec, n’est jamais devenue une réalité.

C’est pour cette raison que l’HEURE ZERO n’est pas arrivée seulement pour le gouvernement, mais aussi et surtout pour le peuple. Et c’est bien la grande tragédie.

Athènes 10.2.2016

Mikis Theodorakis

 

Traduction française : Iraklis Galanakis - adaptation: Ariel Wagner