I.

Mikis Theodorakis est né le 29 juillet 1925 sur l'île de Chios. Passionné de musique dès son enfance, il écrit ses premières compositions à treize ans. Après l'occupation de la Grèce par les troupes allemandes, italiennes et bulgares, il est arrêté une première fois à Tripolis en 1942 par l'occupant italien. L'année suivante, il est de nouveau arrêté et torturé. Relâché, il entre dans la clandestinité à Athènes et devient membre de l'Organisation du Front National de Libération. Il milite dans la Résistance et suit parallèlement, en cachette, des cours au Conservatoire d'Athènes auprès de Philoktitis Economidis.
Après la Libération, Theodorakis entre dans la lutte contre la prise de pouvoir par les forces contre-révolutionnaires qui engendre la guerre civile en Grèce de 1945 à 1949. Arrêté plusieurs fois, Theodorakis est si violemment battu par la police lors d'une démonstration, le 26 mars 1946, qu'il est tenu pour mort et transporté à la morgue. Déporté une première fois en 1947 à l'île d'Icarie, il est transféré en 1948 à Macronissos, un de ces enfers sur terre que les hommes du XXe siècle ont réussi à installer pour briser ceux qui ne partagent pas leurs opinions. Affreusement torturé, Theodorakis est un des rares à survivre à cet enfer, mais pendant dix ans encore il souffrira de la "fièvre de Macronissos".

En 1950, il fait ses examens au Conservatoire et obtient son diplôme en harmonie, contrepoint et fugue, et le 5 mai, son oeuvre "Assi Gonia" y est créée. En 1953, Mikis épouse Myrto Altinoglou, l'année suivante, les jeunes mariés obtiennent tous les deux des bourses d'études et peuvent aller à Paris. Mikis s'inscrit au Conservatoire de Paris dans les cours d'Eugène Bigot et d'Olivier Messiaen. Sa "Suite No.1 pour Piano et Orchestre" obtient en 1957 la médaille d'or au Festival de Moscou, trois musiques de ballet: "Antigone" (Chorégraphie de John Cranko à Covent Garden), "Les Amants de Téruel" (Ballets de Ludmilla Tchérina) et "Le Feu aux Poudres" remportent un grand succès à Paris et à Londres.

Principales oeuvres jusqu'en 1960:

Trio pour piano, violon, violoncelle; "La Fête d'Assi-Gonia" (mouvement symphonique); Symphonie No.1 ("Proti Simfonia"); Carnaval Grec (ballet); Sonatine pour Piano; Suites No.1, 2 et 3 pour orchestre; Sonatines No.1 et 2 pour violon et piano; "Antigone" (ballet); La Vie et la Mort (pour voix et cordes); "Les Amants de Téruel" (ballet); "Oedipus Tyrannos" (pour cordes), Concerto pour piano.

II.

Theodorakis, au moment où il réussit à entrer dans le cercle des jeunes compositeurs internationalement reconnus, découvre la musique populaire grecque. Sur les paroles de son frère Yannis, il compose "Lipotaktes" (Le Déserteur) et sur le cycle de poèmes de Yannis Ritsos, il écrira "Epitaphios", l'oeuvre avec laquelle il créera la renaissance de la musique grecque et suscitera une révolution culturelle dans sa patrie dont les conséquences persistent toujours.

La Droite en Grèce le considère comme une des plus grandes menaces pour elle, mais quand elle assassine le docteur Grigoris Lambrakis ("Z"), Theodorakis prendra la tête de la Jeunesse Démocratique Lambrakis qui deviendra avec 50.000 adhérents, la plus forte organisation politique en Grèce. Mikis est élu au parlement et, avec les "Lambrakidès", il fonde plus de deux cents centres culturels dans son pays. Il compose oeuvre sur oeuvre, en utilisant les plus beaux textes de la littérature grecque des XIXe et XXe siècles.

Principales oeuvres de cette période:

1. Cycles de chansons: "Archipelagos", "Politia A & B", "Epiphania" (Yorgos Seferis, Prix Nobel en 1963), "Mauthausen" (Yakovos Kabanellis), "Romiossini" (Yannis Ritsos).
2. Musique pour la scène:"The Hostage" (Brendan Behan); "Ballade du Frère Mort" (Theodorakis); "Maghiki Poli"; "I Gitonia ton Angelon" (Kabanellis).
3. Musique de film: "Zorba the Greek" (Michalis Cacoyannis)
4. Oratorio: "Axion Esti" (Odysseas Elytis, Prix Nobel en 1979).

III.

Le coup d'Etat du colonel Papadopoulos et de ses acolytes oblige Mikis à entrer à nouveau en clandestinité d'où il publiera deux jours après le putsch, le premier appel à la résistance. Arrêté le 21 août 1967, il est plus tard placé en résidence surveillée à Vrachati, puis banni avec sa famille à Zatouna, un village de montagnes des Arcadies (d'où son cycle de compositions "Arcadies" I-XI), déporté au camp de concentration d'Oropos et finalement exilé, à la suite de plusieurs campagnes internationales de solidarité initiées e.a. par Dmitri Chostakovitch, Leonard Bernstein, Arthur Miller ou encore Harry Belafonte.

Principales oeuvres sous la dictature:

1. Cycles de chansons: "O Ilios ke o Chronos" (Theodorakis); "Ta Laïka"; Arcadies I-X; Chansons pour Andreas (Theodorakis); "Nichta Thanatou" (M. Elefteriou).
2. Oratorios: "Ephiphania Averoff" (Seferis), "Etat de Siège" (Marina=Rena Hadjidakis), "La Marche de l'Esprit" (Angelos Sikelianos), "Raven" (Seferis, d'après E.A.Poe).
3. Musique de film: "Z" (Costa Gavras).

IV.

Le 13 avril 1970, Theodorakis arrive à Paris. A la tête du "Front Patriotique", il continue le combat. Il fait la connaissance de Neruda. Des tournées dans le monde entier avec des milliers de concerts dédiés à la restauration de la démocratie en Grèce, font de lui le symbole vivant de la résistance contre la dictature.

Principales oeuvres de l'exil:

1. Cycles de chansons: "Lianotragouda" (18 Chansons de la Patrie amère, Yannis Ritsos); "Ballades" (M. Anagnostakis).
2. Oratorio: "Canto General" (Pablo Neruda).
3. Musique de film: "The Trojan Women" (M. Cacoyannis); "Etat de Siège" (Costa-Gavras); "Serpico" (S. Lumet).

V.

Rentré triomphalement en Grèce, le 24 juillet 1974, Theodorakis est vite à nouveau la cible des attaques, cette fois de la Gauche, parce qu'il plaide pour Karamanlis et un passage en douceur vers la démocratie, de peur de voir un nouveau coup d'Etat écraser la frêle fleur de la démocratie renaissance ("Karamanlis ou les tanks").

En 1980, il s'exile volontairement à Paris, reprend son oeuvre symphonique des années 50, la métamorphose en des travaux d'une remarquable force expressive.

Il achève la composition du "Canto General" qui, à côté de "Zorba le Grec" et d'"Axion Esti", devient l'oeuvre qui le rendra mondialement célèbre comme compositeur. En 1981, Theodorakis est de nouveau élu au Parlement grec comme député. Il abandonne son mandat en 1986 pour se consacrer à son oeuvre musicale. En 1987, son premier opéra, "Kostas Karyotakis" est créé à Athènes, en 1988, son ballet "Zorba" remporte un triomphe dans les Arènes de Vérone. L'oeuvre y sera reprise en 1990. Elle est créée également à Varsovie et à Lodz. En 1989, Theodorakis appelle de ses voeux une coalition entre le parti de droite en Grèce, Nea Dimokratia, et le parti communiste pour en finir avec les scandales du gouvernement d'Andreas Papandreou et du Pasok.

Après les élections d'avril 1990, Mikis entre dans le gouvernement de Constantine Mitsotakis comme Ministre d'Etat sans portefeuille. Il s'engage tout particulièrement contre les drogues et pour la cause de l'enseignement, de la culture, et, ensemble avec le musicien et chanteur turc Zülfü Livaneli, pour une réconciliation entre les Grecs et les Turcs. Il quitte le gouvernement en avril 1992 et assume ensuite pour deux ans la direction générale des choeurs et des orchestres symphoniques de la Radio-Télévision Hellénique.

Le 5 octobre 1991 son opéra "Medea" est créé à Bilbao. En 1992 il écrit, sur demande de Samaranch, le "Canto Olympico" pour les Jeux Olympiques de Barcelone. Son opéra "Electre", d'après Euripide, est accueilli triomphalement à Luxembourg par le public de la "Ville Européenne de la Culture 1995", le 2 mai 1995, dans une réalisation du Teatr Wielki, Poznan (Pologne). Son quatrième opéra: "Antigone", est créé à Athènes en octobre 1999. Ses dernières partitions sont une Rhapsodie pour guitare et orchestre et une autre Rhapsodie pour violoncelle et orchestre. En 2001, il achève son opéra comique sur le thème de "Lysistrata", d’après Aristophane qui est donné en première au Megaron d'Athènes, le 16 avril 2002. En été 2001, sa musique de scène pour "Médée", sa dernière composition à ce jour est jouée à Epidaure.

Principales oeuvres après 1974:

1. Cycles de chansons: "Ta Lyrika", "Dionysos", "Phaedra", "Béatrice de la Rue Zéro", "Mia Thalasssa" (Une Mer pleine de musique), "Os archeos Anemos" (Comme un vent ancien).
2. Musique pour la scène: "Orestia" (dir.: Spyros Evangelatos); "Antigone" (dir.: M. Volanakis), "Medea" (dir.: Spyros Evangelatos)
3. Musique de film: "Iphigenia" (M. Cacoyannis), "L'Homme à l'Oeillet" (N. Tzimas).
4. Oratorios: "Missa Greca", "Liturgia 2", "Requiem".
5. Musique symphonique, cantates, oratorios: Symphonies No.2, 3, 4, 7, "Passion des Sadducéens", "Canto Olympico", Rhapsodie
pour guitare et orchestre, (d'après "Romancero Gitan"), Rhapsodie pour violoncelle et orchestre.
6. Opéras: "Kostas Karyotakis", "Medea", "Electra", "Antigone", "Lysistrata"